LETTRE INÉDITE DE RUSSELL À SON FRÈRE FRANK

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Cette lettre inédite d’Henry Russell à son frère Frank, a été écrite de Moscou, lors de son voyage à travers l’Asie et L’Océanie.

Datée du 12 novembre 1858 elle nous livre de précieux renseignements quant au déroulement de son voyage.

Écrite la veille d’un long périple (Moscou-Irkoutsk) qui devait s’avérer hasardeux, Russell était inquiet ; le trajet dura presque deux mois au lieu d’un prévu. Il apparaît que son voyage envisagé pour une durée d’un an à un an et demi, sera bien plus long et que le retour n’eut pas lieu par le Pérou et Panama.

Un tel voyage ne fut réalisé qu’au prix d’audaces insensées, grace aux grandes facultés d’adaptation dont il fit preuve.

Ces deux pages préfigurent ce que sera l’avenir d’Henry Russell ; elles sont un cliché instantané de cet être fougueux et sensible qui le rend si attachant.

Nous remercions vivement le détenteur de ce document de nous avoir permis sa mise en ligne sur le site de « Pyrénées ».

Pour Frank

 
Moscou vendredi 12 nov. 1858

Mon cher Frank

Rien qu’un seul petit mot que je te lâche

de Moscou à Rome au milieu de tant d’anxiété,

et de soucis, et au moment même de mon départ.

Voici le catalogue de mes aventures jusqu’ici :

14 jours de mer de Londres à Pétesbourg : là, visites

du Prince Orloff, etc grand théâtre avec Bosio :

embarras pour la langue : (j’oubliais la visite à Copenhague)

6 jours d’arrêt à Petesbourg : voyage de là ici avec une

charmante jeune fille anglaise de 16 ans, venue de Londres

avec nous et que l’on me confie : précieux fardeaux !!!.

Je ne puis la chasser de ma pensée . Ici, beaucoup

de connaissances russes, dîners dehors etc. Visite du

Kremlin, la grosse cloche ; embarras tel pour la

langue que je prends un étudiant de l’université

au cachet pour me l’apprendre : grand froid,

– 11° le jour et – 18° la nuit : oreilles presque gelées.

Je publie mon départ hier et a l’instant je

suis assailli par d’autres voyageurs voulant venir avec

moi ; en 2 heures mon sort est décidé : je pars

demain matin pour Irkoutsk avec 2 jeunes

Russes parlant français et anglais ils prétendent

me mener en 1 mois à Irkoutsk (6000 kilomètres)

 


on dort dans les traîneaux .

Je trouve ici le Cte George de St Priest, excellent jeune

homme. il repart pour Paris.

Je resterai peut-être à Irkoutsk l’hiver ; sinon

je filerai par terre pour Pékin s’il y a moyen

ou bien par l’Amour : puis viendra le Japon et

l’Inde ou l’Australie où je me reposerai plusieurs

mois, pour revenir dans un an d’ici par le

Pérou et Panama.

A Dieu mon bien cher Frank :

pardonne moi tout ce griffonnage et pense

souvent à moi : je t’embrasse bien

tendrement tout à toi.

Henry Russell

Mis en ligne le jeudi 10 juin 2010.